"D’abord, on a brisé la glace (pas épaisse, pellicule très très fine).

Le premier matin, on n’a pas fait le grand cercle comme on fait toujours, mais quatre petits. On s’est présenté aux autres en réagissant aux mots tirés au hasard parmi ceux de l’effervescence du mot « podcast » faite juste avant. On a changé de groupe quatre fois. Ensuite, on s’est mis en cercle et, celles qui avaient quelques éléments ont présenté aux autres celles, et celui, qu’elles connaissaient à peine. Sans que ce soit énoncé, on avait fait de l’écoute active.

On avait aussi déjà commencé à enregistrer. Ce serait comme ça pour la suite, tout étant toujours bon à enregistrer.

Il y avait Madeleine, ses assertions toujours percutantes, justes, pan dans le mille, parfois déconcertantes. Ça vient d’où « podcast » ? On a cherché, trouvé, puis on a podcast et on a mis création radio à la place.

Il y avait Nina, la plus jeune, son visage aussi éblouissant qu’une led de 3220 lumens (200 Watts), son plaisir sans cesse exprimé face à l’étendue des possibilités de la création radio, sa joie de vivre ce stage avec des adultes, son désir de ne plus dormir pour profiter de la vie encore davantage. Alors, on a écouté La philosophie de Georges Moustaki. Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer.

Il y a eu Thierry, le « docteur du son ». Il est passé pour partager sa passion, pour quelques notions théoriques, pratiques. Il a accompagné quelques captations, micros bien placés.

Il y avait Madeleine, elle a mordu dans une table en plastique pour tester le truc de Thierry qui disait qu’on ne pouvait plus repérer les sons si on ne pouvait plus faire de micro mouvements avec la tête. Ça marche pas, son truc… Fallait une table en bois !

Il y avait Isabelle, le casque sur les oreilles, seule à ne pas s’entendre s’esclaffer.

On a commencé à écouter autrement.

Il y avait Alice, son enquête sur les prénoms qui en a remué plus d’une.

On a parlé de ça, de l’émotion que peut faire naître la présence du micro, avec une question à l’apparence anodine.

Il y avait Anton, le petit garçon d’Alice, venu enregistrer le générique.

Il y avait Catherine, le visage rempli d’effroi, au début du stage, face à l’ampleur de la nouveauté, plus apaisée au fur et à mesure des jours.

Il y avait Madeleine qui nous a raconté l’histoire de Simone, sa truie.

Il y avait Magali et Élisabeth qui se sont fait prendre au jeu du reportage radiophonique : quand on pense partir une matinée pour faire le portrait de Madeleine par Simone, la truie, et qu’on reste à midi pour manger un bout chez le papa, puis l’après-midi pour aider à faire les « petits ballots », puis jusqu’au soir pour boire un coup, et tant pis pour le rendez-vous collectif de 14h. Et, moi, Christine, je dis tant mieux, le stage a les bras longs et les oreilles voyageuses.

On a parlé de l’éthique, du respect vis-à-vis des personnes interviewées.

Il y avait Pierre, tout au service de Neufchâteau, désireux de valoriser les Ateliers Partagés.

Il y avait Émilie, discrète, elle a partagé ce qu’elle savait déjà avec Marie.

On avait la tête qui saturait d’infos.

Il y avait Nathalie, avec Nina, sculptant, ruminant chacune un mot, un seul, dans une forme de création exploratoire.

On a fait écouter des créations sonores personnelles, ou de collègues.

Il y avait l’autre Marie, discrète, à l’écoute.

Il y avait beaucoup d’entraide, de soutien des unes aux autres.

Il y a eu des coups de mou.

Il y avait Némo, ses éclats de rires brefs et sonores, aux petits soins pour chacun.e, sa patience, sa clarté pour les indications techniques parfois rébarbatives. Némo parfois élève de Christine pour la méthodologie.

Il y avait Christine, au garde à vous pour accompagner les projets, donner des sons T’aurais pas des enfants qui jouent dans la rue, des mouettes, la machine du rémouleur… ? Christine à la lecture, aux propositions d’écriture, au réconfort, à l’encouragement, au café, aux courses pour les crasses. Christine, parfois, élève de Némo pour les fonctions de Reaper, et autres références.

Il y a eu quelques visites dans les autres stages (massage, théâtre pour les enfants, reliure…).

Ils ont dit que Némo et Christine formaient un « beau couple » ; on a corrigé par « binôme ».

Ils ont parlé de nos sourires, de notre dynamisme.

Ils ont vécu des propositions d’écriture foutraques, le rémouleur voisinant l’ange, le port non loin du hammam.

Elles ont emprunté des bouquins. Elle a demandé une contrainte stricte : une séquence de 2’ pas plus !

Il y avait les oreilles de passage, et Christophe, des Ateliers Partagés, son plaisir journalier de venir capturer des sons par ci par là.

Le dernier jour, se trouvait, devant la porte des Ateliers Partagés, 75 litres de petit lait, pour Simone, la rescapée de l’hécatombe due à la peste porcine, de la part de la logeuse d’une stagiaire qui connaissait bien l’animal.

Le dernier après-midi, ils sont sortis, leurs réalisations dans les baffles du centre-ville. Une dame a garé sa voiture et s’est installée sur les marches, avec ses petits-enfants, pour écouter. Chutt !!! Une autre dame, avec une poussette, n’en croyait pas ses oreilles à l’écoute du texte de Mathilde : c’est quoi, ce truc, on va devoir mettre des moufles à l’intérieur, maintenant ! Nous n’étions pas loin de l’effet « Guerre des mondes » d’Orson Wells.

14 univers, 14 manières d’aborder la création radiophonique, dans une grande liberté de genres, d’approches, de thématiques.

Et, le désir d’approfondir, une prochaine fois."

Texte de Christine Van Acker.